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 Hubert-Félix Thiéfaine

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romain
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MessageSujet: Hubert-Félix Thiéfaine   Mar 16 Déc - 22:20

Hubert-Félix Thiéfaine,



Un des plus grands dont on ne parle jamais: Homme intègre (son nom n'est pas très "marketing", vous ne trouvez pas ?), poète unique et puissant. Une musique allant de la chanson française au rock, Thiéfaine a mis en musique ses textes délirants, humoristiques parfois, futuristes, décadents, désepérés.
Je vous proposerai une chanson de temps en temps. Commençons par son premier classique : explication de Alligator 427, un inquiétant délire sur le nucléaire. Ne perdez surtout pas le texte, personne n'écrit comme H-F. Thiéfaine.

Alligators 427



[b]Hubert-Félix Thiéfaine[/b]


Album: Autorisation de délirer


Alligators 427
Aux ailes de cachemire safran,
Je grille ma dernière cigarette.
Je vous attends.
Sur cette autoroute hystérique
Qui nous conduit chez les mutants,
J'ai troqué mon cœur contre une trique.
Je vous attends.
Je sais que vous avez la beauté destructive
Et le sourire vainqueur jusqu'au dernier soupir.
Je sais que vos mâchoires distillent l'agonie.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
À la queue de zinc et de sang,
Je m'tape une petite reniflette.
Je vous attends.
Dans cet étrange carnaval
On a vendu l'homo sapiens
Pour racheter du Neandertal.
Je vous attends.
Et les manufactures ont beau se recycler,
Y aura jamais assez de morphine pour tout le monde,
Surtout qu'à ce qu'on dit, vous aimez faire durer.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
Aux longs regards phosphorescents,
Je mouche mon nez, remonte mes chaussettes.
Je vous attends.
Et je bloque mes lendemains.
Je sais que les mouches s'apprêtent,
Autour des tables du festin.
Je vous attends.
Et j'attends que se dressent vos prochains charniers.
J'ai raté l'autre guerre pour la photographie.
J'espère que vos macchabées seront bien faisandés.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
Aux crocs venimeux et gluants,
Je donne un coup de brosse à mon squelette.
Je vous attends.
L'idiot du village fait la queue
Et tend sa carte d'adhérent
Pour prendre place dans le grand feu.
Je vous attends.
J'entends siffler le vent au-dessus des calvaires
Et je vois les vampires sortir de leurs cercueils
Pour venir saluer les anges nucléaires.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
Aux griffes d'or et de diamant,
Je sais que la ciguë est prête.
Je vous attends.
Je sais que dans votre alchimie,
L'atome ça vaut des travellers chèques
Et ça suffit comme alibi.
Je vous attends.
A l'ombre de vos centrales, je crache mon cancer.
Je cherche un nouveau nom pour ma métamorphose.
Je sais que mes enfants s'appelleront vers de terre.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"

Alligators 427
Au cerveau de jaspe et d'argent,
Il est temps de sonner la fête.
Je vous attends.
Vous avez le goût du grand art
Et sur mon compteur électrique,
J'ai le portrait du prince-ringard.
Je vous attends.
Je sais que, désormais, vivre est un calembour.
La mort est devenue un état permanent.
Le monde est aux fantômes, aux hyènes et aux vautours.
Moi je vous dis : "bravo" et "vive la mort !"


Dernière édition par romain le Mar 16 Déc - 23:21, édité 2 fois
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romain
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MessageSujet: Re: Hubert-Félix Thiéfaine   Mar 16 Déc - 22:30

Sweet amanite phalloïde queen

Référence à la drogue thème récurrent chez ce grand monsieur. Ici cependant, vous le voyez sur scène à près de 60 ans, en pleine forme et au summum de son talent.

pour l'anecdote, j'avais un jour passé cette chanson en classe et un de vos camarades m'a demandé : "mais comment fait-il pour avoir autant de succès avec ses textes de fou furieux ?" C'est que Thiéfaine ne s'est jamais embarrassé de respecter les normes de l'académie française, comme vous pourrez le lire !
Cette vidéo est réalisée à Paris - Bercy (17 000 personnes), et cela sans pratiquement aucune publicité dans les médias... le médias ne l'aiment pas, et c'est réciproque ! Ses fans sont par contre d'une fidélité à toute épreuve.

Sweet amanite phalloïde queen


by Hubert-Félix Thiéfaine


Album: Météo für nada


Pilote aux yeux de gélatine
Dans ce vieux satellite-usine,
Manufacture de recyclage
Des mélancolies hors d'usage,
Ô sweet amanite phalloïde queen.

Je suis le captain "M'acchab"
Aux ordures d'une beauté-nabab
Prima belladona made in
Moloch-city destroy-machine,
Ô sweet amanite phalloïde queen.

Amour-amok et paradise
Quand elle fumivore ses "king-size"
Dans son antichambre d'azur
Avant la séance de torture,
Ô sweet amanite phalloïde queen.

Je suis le rebelle éclaté
Au service de Sa Majesté,
La reine aux désirs écarlates
Des galaxies d'amour-pirate,
Ô sweet amanite phalloïde queen.
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romain
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MessageSujet: Re: Hubert-Félix Thiéfaine   Mar 16 Déc - 22:43

Exercice De Simple Provocation Avec 33 Fois Le Mot Coupable

Long cri déchirant dénonçant la délation, la routine. Ceci est pour moi le texte le plus dur écrit ces 10 dernières années. Cette technique, de parler sur la musique s'appelle "talk-over", largement repris par les rappeurs.... qui au vu de ce terrible texte semblent bien surpassés en termes de dureté !
La référence à la mort de James Dean, à la fin, m'a toujours semblé... allez, je vais le dire... incompréhensible !


Exercice De Simple Provocation Avec 33 Fois Le Mot Coupable


J'me sens coupable d'avoir assassiné mon double dans le ventre de ma mère et de l'avoir mangé
J'me sens coupable d'avoir attenté à mon entité vitale en ayant tenté de me pendre avec mon cordon ombilical
J'me sens coupable d'avoir offensé et souillé la lumière du jour en
essayant de me débarrasser du liquide amniotique qui recouvrait mes
yeux la première fois où j'ai voulu voir où j'en étais
J'me sens coupable d'avoir méprisé tous ces petits barbares débiles
insensibles, insipides et minables qui couraient en culottes courtes
derrière un ballon dans les cours de récréation
Et j'me sens coupable d'avoir continué à les mépriser beaucoup plus
tard encore alors qu'ils étaient déjà devenus des banquiers, des juges,
des dealers, des épiciers, des fonctionnaires, des proxénètes, des
évêques ou des chimpanzés névropathes
J'me sens coupable des lambeaux de leur âme déchirée par la honte et
par les ricanements cyniques et confus de mes cellules nerveuses Je me
sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'avoir été dans une vie antérieure l'une de ces
charmantes petites créatures que l'on rencontre au fond des bouteilles
de mescal et d'en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de
paradis perdu
J'me sens coupable d'être tombé d'un tabouret de bar dans un palace
pour vieilles dames déguisées en rock-star, après avoir éclusé sept
bouteilles de Dom Pé 67 dans le seul but d'obtenir des notes de frais à
déduire de mes impôts
J'me sens coupable d'avoir arrêté de picoler alors qu'il y a des
milliers d'envapés qui continuent chaque année à souffrir d'une
cirrhose ou d'un cancer du foie ou des conséquences d'accidents
provoqués par l'alcool
De même que j'me sens coupable d'avoir arrêté de fumer alors qu'il y a
des milliers d'embrumés qui continuent chaque année à souffrir pour les
mêmes raisons à décalquer sur les poumons en suivant les pointillés
Et j'me sens aussi coupable d'être tombé de cénobite en anachorète et
d'avoir arrêté de partouzer alors qu'il y a des milliers d'obsédés qui
continuent chaque année à souffrir d'un claquage de la bite, d'un
durillon au clitoris, d'un anthrax max aux roubignolles, d'une overdose
de chagatte folle, d'un lent pourrissement scrofuleux du scrotum et du
gland, de gono, de blenno, de tréponèmes, de chancres mous, d'HIV ou de
salpingite Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'être né français, de parents français,
d'arrière-arrière... etc. grands-parents français, dans un pays où les
indigènes pendant l'occupation allemande écrivirent un si grand nombre
de lettres de dénonciation que les nazis les plus compétents et les
mieux expérimentés en matière de cruauté et de crimes contre l'humanité
en furent stupéfaits et même un peu jaloux
J'me sens coupable de pouvoir affirmer qu'aujourd'hui ce genre de
pratique de délation typiquement française est toujours en usage et je
prends à témoin certains policiers compatissants, certains douaniers
écoeurés, certains fonctionnaires de certaines administrations
particulièrement troublés et choqués par ce genre de pratique
J'me sens coupable d'imaginer la tête laborieuse de certains de mes
voisins, de certains de mes proches, de certaines de mes connaissances,
de certains petits vieillards crapuleux, baveux, bavards, envieux et
dérisoires, appliqués à écrire consciencieusement ce genre de
chef-d'oeuvre de l'anonymat J'me sens coupable d'avoir une gueule à
être dénoncé Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable de garder mes lunettes noires de vagabond solitaire
alors que la majorité de mes très chers compatriotes ont choisi de
remettre leurs vieilles lunettes roses à travers lesquelles on peut
voir les pitreries masturbatoires de la sociale en train de chanter
c'est la turlutte finale
J'me sens coupable de remettre de jour en jour l'idée de me retirer
chez mes Nibelungen intimes et privés, dans la partie la plus sombre de
mon inconscient afin de m'y repaître de ma haine contre la race humaine
et même contre certaines espèces animales particulièrement sordides,
serviles et domestiques que sont les chiens, les chats, les chevaux,
les chè-è-vres, les Tamagochis et les poissons rouges
J'me sens coupable de ne pas être mort le 30 septembre 1955, un peu
après 17 heures 40, au volant du spyder Porsche 550 qui percuta le
coupé Ford de monsieur Donald Turnupseed
J'me sens coupable d'avoir commencé d'arrêter de respirer alors qu'il y
a quelque six milliards de joyeux fêtards crapoteux qui continuent de
se battre entre-eux et de s'accrocher à leur triste petite part de
néant cafardeux

Je me sens coupable, coupable !
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MessageSujet: Re: Hubert-Félix Thiéfaine   Sam 20 Déc - 17:10

SYNDROME ALBATROS

Clown masqué décryptant les arcanes de la nuit
dans les eaux troubles et noires des amours-commando
tu croises des regards alourdis par l'oubli
et des ombres affolées sous la terreur des mots

toi qui voulais baiser la terre dans son ghetto
tu en reviens meurtri, vidé par sa violence
et tu fuis ce vieux monstre à l'écaille indigo
comme on fuit les cauchemars souterrains de l'enfance

de crise en délirium; de fièvre en mélodrame
franchissant la frontière aux fresques nécrophiles
tu cherches dans les cercles où se perdent les âmes
les amants fous, maudits, couchés sur le grésil

et dans le froid torride des heures écartelées
tu retranscris l'enfer sur la braise de tes gammes
fier de ton déshonneur de poète estropié
tu jouis comme un phénix ivre mort sous les flammes

puis en busard blessé cernés par les corbeaux
tu remontes vers l'azur, flashant de mille éclats
et malgré les brûlures qui t'écorchent la peau
tu fixes dans la brume : Terra Prohibida

doux chaman en éxil, interdit de sabbat
tu pressens de là-haut les fastes avenirs
comme cette odeur de mort qui précède les combats
et marque le début des vocations martyres

mais loin de ces orages, vibrant de solitude
t'inventes un labyrinthe aux couleurs d'arc-en-ciel
et tu t'en vas couler tes flots d'incertitude
dans la bleue transparence d'un soleil torrentiel

vois la fille océane des vagues providentielles
qui t'appelle dans le vert des cathédrales marines
c'est une fille albatros, ta petite soeur jumelle
qui t'appelle et te veut dans son rêve androgyne.

Hubert-Félix Thiéfaine
album Eros über alles
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MessageSujet: Re: Hubert-Félix Thiéfaine   Sam 20 Déc - 17:13

31 mars 2007, A l'invitation de l'Association rencontres Européennes- Europoésie. Thiéfaine, poète rockeur...

Petit travail personnel sur la chanson "syndrome albatros", Présentation à remettre dans le contexte de cette réunion...


[size=16]Syndrome albatros[/size]

Pour le côté scolaire de la chose, mais surtout de part l'histoire égrenée à travers le texte, et le rythme de la musique (un peu dépouillée et lancinante), on peut faire un découpage logique qui nous mène à un poème de trente-deux alexandrins ordonnés par strophes de quatre. Ce qui, malgré une présentation non "classique" du texte dans le livret du CD, peut faire penser que Thiéfaine a sué autant sur la forme que sur le fond.
Une façon peut-être pour lui de rendre hommage à ses prédécesseurs illustres (Rimbaud, Artaud, Lautréamont, etc...) dont Baudelaire, qui est ici et d'emblée mis en avant, tant par le rapprochement que l'on peut faire avec son poème L'albatros, que par le travail que celui-ci a produit sur les concepts de symbolisme et de modernité.
Une modernité et un symbolisme que Thiéfaine manipule avec brio, décrivant le monde dans sa réalité la plus crue, se faisant prospecteur des mystères étouffants de notre existence.
Comme nombre de ses chansons, syndrome albatros est un texte très riche. Métaphore, allégorie... Thiéfaine utilise à merveille le matériel dont il dispose pour faire passer ses idées et ses sentiments. Esthétisme, savoir, et affects y sont indissociables.
Je me propose d'en faire ici une "ré-écriture" personnelle, en y mélant tant les notions qui y sont évoquées que mon propre ressenti. Avec l'espoir de ne pas taper trop loin de ce que Hubert avait à l'esprit en composant ce petit chef-d'oeuvre...



" L'humanité s'englue dans la misère et chaque homme a la sienne propre. Comment échapper, si c'est possible, à ces maux qui nous tenaillent, souvent inconsciemment, pour ne pas trop en souffrir ? Nombre
d'entre nous se perdent, par moments ou pour toujours, dans des tentatives
vaines de fuir ce qu'ils sont ou croient être. Et par là même s'enfoncent encore plus dans ce marasme.
Que cherchent-ils exactement ? Que font-ils là ? Silhouettes déambulant entre obscurité et lumière, entre pseudos paradis artificiels et espoirs d'amour, entre cruauté vengeresse et bienséance.
La misérable condition humaine est côtée sur les places boursières, pendant que les usines crachent leurs flots d'humains asservis et étouffés par les fumées sombres et âcres qui leur dissimulent la vue et l'entendement.
Depuis toujours ils luttent contre les souffrances et les carcans, tant à leur petit niveau d'enfants puis d'adultes, qu'au niveau de l'humanité toute entière. Y'aurait-il là un cheminement collectif incontournable ?
Mais toujours ils s'y prennent de travers, s'égarant dans des solutions qui n'en sont pas, parfois améliorant un mécanisme, un bout de leur vie, le plus souvent s'enfonçant plus loin dans l'erreur. Toute bifurcation est bonne à suivre, l'éphémère (baise, drogue, jeu de l'autruche...) le disputant à la constance (désespoir, luttes, guerres...).
Les hommes se ferment sur eux-mêmes, créant des "corporations" antagonistes, ennemies, et la planête devient un agglomérat de groupes et sous-groupes qui se cherchent, s'affrontent, se découvrent, s'espèrent. Mais finalement il y a plus de sang et de larmes, de cendres et de staccatos, que d'amour véritable et d'espoir accessible.
Se pourrait-il qu'ils aient pris goût au morbide, à exhiber ainsi leurs corps de survivants, leurs âmes malmenées, et leurs noms gravés sur des stèles ?

Les mots qui décrivent, accusent, pointent le mal, ouvrent un morceau d'âme, sont insupportables pour ces hommes incapables de briser leurs chaînes...

Le poète, celui qui ne peut vivre sans les mots, est lâché dans la fosse. Se perdant ici ou là, il s'enivre à en vomir, de cette déchéance, de cette souffreteuse file d'attente rampant vers nulle part. Lui aussi pris dans l'étau de la souffrance et de ses dérives, il parvient néammoins à prendre un peu de distance.
Pour se protéger, ne pas se laisser engloutir, il se veut autant, sinon plus, observateur et narrateur, que sujet-objet de cette noirceur collante. Alors il s'écarte un peu, ordonne les mots comme les autres enfilent leurs perles. Il s'épanche sur le papier, dénonçant ce qu'il voit, pleurant ses sentiments, rêvant ses chimères, crachant son venin. Et jette au vent des mortels son alphabet multicolor.
Mais le commun, lui, ne peut supporter ce tableau. Ces vers, quand ils les comprennent, sont des giffles, des instruments chirurgicaux d'introspection, des empêcheurs de tourner rond.
Pour qui se prend-il ce scribouillard moralisateur, ce bohémien rêveur, ce
2 guerrier sans armée ? Qu'il est ridicule et pathétique ce clown sans nez rouge, aux sketchs qui ne riment à rien !
Espère t-il faire le pain sans farine, conduire des troupes sans sifflet, et gagner sans monnaie ?
Non, vraiment, cet homme n'a rien à faire ici, il n'est pas utile. Qu'il aille au diable avec ses facéties verbales et ses figures de style !

Incompris et insoumis, dépité, sentant le vent mauvais, le poète se retire, en quête d'une terre promise aux seuls élus de l'immortalité. Le poète abandonne les humains indignes pour mieux retrouver sa splendeur...

Il quitte le bas monde et s'envole haut dans le ciel, exécutant un dernier baroud d'honneur. Et à mesure qu'il approche de l'astre créateur, il se débarrasse par lambeaux de sa prison charnelle et de ses stigmates de mortel. Des tentacules ardents l'enveloppent et le bercent. C'est le Père régénérateur qui l'accueille dans sa matrice.
L'amour se fait si brûlant que soudain il s'embrase. Avides érections, les flammes le lèchent et le transpercent. Et lui rit et pleure, jubile et agonise. Dans sa gorge les sanglots se font tonnerre, il éructe l'ordinaire et l'impur, et pisse une extase de braises.
Souvain tout s'apaise. Des cendres odorantes et cotonneuses un petit être s'éveille. C'est l'enfant du Soleil, l'âme du poète. Créature pure et majestueuse, elle déploie ses ailes scintillantes de mille reflets écarlates et part explorer, de son élégante envergure, la mystères de sa quête renée. Et son ombre éclaire parfois le ciel des damnés.
Désentravé, il plane dans la lumière douce et protectrice, et goûte la liberté de celui qu'on ne peut baillonner. Mais toujours il souffre d'être unique, et espère dans l'Océan fantastique trouver un autre lui. Un être mythique peut-être, qui, de ses palais aquatiques, l'enchantera de mille rimes..."




Syndrome albatros est-il seulement un hommage à Baudelaire et aux poètes maudits ? Peut-on supposer que Thiéfaine aurait pu souffrir du "complexe de l'albatros" s'il n'avait été sauvé par la magie des mots et l'insoumission ?
Freud a écrit : " De tout temps, ceux qui avaient quelque chose à dire et ne pouvaient le dire sans danger, se coiffèrent du bonnet du fou..." .
On pourrait aller beaucoup plus loin dans " l'analyse" du texte en s'attardant dans les méandres de chaque notion qui en ressort (le symbolisme du feu, du mythe du phénix, de l'androgynie, la condition humaine, la solitude du poète, etc...). Mais là, libre à chacun de fixer ses propres limites dans l'investigation.
S'il me semble important de savoir un peu de quoi il retourne au juste pour mieux apprécier la subtilité des textes de Thiéfaine, il ne faut pas en négliger le ressenti très personnel que chacun peut en éprouver. Le plaisir et l'adhésion sont avant tout peut-être là...
A ce sujet, Thiéfaine a dit récemment, à l'occasion de la sortie de la bande dessinée illustrant certaines de ses chansons : " C'est toujours interressant de voir comment les autres interprètent mon univers. A chaque écoute, quelqu'un s'imagine mes textes de manière personnelle et différente."

Et parceque ce n'est pas hors sujet, et surtout pour le plaisir, je me permets d'aller divaguer vers une chanson qui s'appelle " Autorisation de délirer" :

"nous voilà de nouveau branchés sur le hasard
avec des générateurs diesel à la place du coeur
et des pompes
refoulantes au niveau des idées.../... le vent souffle
à travers
nos crânes i.t.t. océanic couleurs !.../... à la page 144
de leur programme, la petite cover-girl emballée
sous cellophane s'envoie en l'air à l'ajax w.c. .../...
orgie de silence et de propreté où celui qui aurait encore
quelque chose à dire préfère se taire plutôt que d'avoir
à utiliser leurs formulaires d'autorisation de délirer...
... demain, nous reviendrons avec des révolvers au bout
de nos yeux morts..."


Tommie
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